Les doigts verts

Bouturer un rosier à l’automne : les erreurs qui font tout rater

Chaque automne, le même scénario se répète. On prélève une dizaine de tiges sur le rosier de la voisine ou sur celui qui fleurissait chez une grand-mère, on les pique dans un pot, et au printemps il n’en reste qu’une, ou aucune. Le bouturage du rosier n’a pourtant rien de sorcier. Les échecs tiennent en général à quelques erreurs, commises au moment de couper, de planter ou, plus souvent encore, pendant la longue attente qui suit.

Couper au mauvais moment, sur la mauvaise tige

Octobre et novembre sont la saison des boutures de bois aoûté. Le terme désigne une tige de l’année qui a durci : elle a perdu la souplesse d’une pousse de printemps sans être devenue une vieille branche grise. Le même principe vaut d’ailleurs pour le cassissier, le groseillier ou le forsythia.

Première erreur, donc : prélever l’extrémité tendre d’un rameau qui vient de fleurir, ou au contraire une branche de plusieurs années. La bonne bouture se prend sur une pousse de l’année, de l’épaisseur d’un crayon, longue de 20 à 25 centimètres. On coupe la base juste sous un œil, et le sommet en biseau, un centimètre au-dessus d’un autre œil. Le biseau laisse glisser l’eau de pluie et évite surtout de confondre le haut et le bas une fois les tiges posées sur la table.

Deuxième erreur : bouturer un rosier malade. Une tige prélevée sur un pied couvert de taches noires ou d’oïdium emporte ses problèmes avec elle, et la jeune plante démarre affaiblie. Choisissez un pied vigoureux, dont le feuillage est resté sain jusqu’en fin de saison.

Trop de feuilles, trop d’eau, trop de soleil

Une bouture n’a pas de racines. Toute l’eau qu’elle perd par ses feuilles, elle ne peut pas la remplacer. Garder le feuillage entier est la troisième erreur : on supprime toutes les feuilles, sauf éventuellement les deux du haut, ainsi que les boutons floraux.

La quatrième concerne la terre. Une terre de jardin pure, surtout argileuse, se tasse et étouffe la base de la tige. Un mélange de terreau et de sable de rivière à parts égales, ou une petite tranchée creusée dans une plate-bande légère, convient bien mieux. On enfonce la bouture aux deux tiers de sa longueur et l’on tasse fermement autour, car un sol mal serré laisse l’air dessécher la base. L’hormone de bouturage peut aider ; elle n’est pas indispensable sur les rosiers vigoureux.

Viennent ensuite les excès de zèle. Un pot posé en plein soleil contre un mur sud chauffe et sèche, un pot qui trempe dans une soucoupe pleine fait pourrir la base. Le bon emplacement est un coin abrité et lumineux, sans soleil direct, au pied d’une haie ou d’un mur exposé au nord, dans une terre qui reste fraîche sans être détrempée.

Pour revoir chaque geste avant de prendre le sécateur, le guide consacré au bouturage du rosier sur ma-petite-jardinerie.fr est un bon complément, surtout pour une première tentative.

Pourquoi il ne faut pas toucher aux boutures avant l’automne prochain

Une bouture d’automne s’enracine lentement. Pendant l’hiver, il ne se passe presque rien de visible : un bourrelet blanchâtre, le cal, se forme à la base, et c’est de lui que partiront les racines. Au printemps, de petites feuilles apparaissent. C’est là que l’on commet l’erreur la plus répandue : tirer sur la tige pour voir si elle a pris. Ces premières feuilles poussent souvent grâce aux réserves de la tige, avant même que des racines solides soient formées, et le moindre arrachage casse les radicelles naissantes.

L’hiver réserve un autre piège aux boutures en pleine terre. Après une période de gel, le sol se soulève et les déchausse. Passez les voir après chaque redoux et retassez la terre à leur pied, du talon.

Le plus sûr est de laisser les boutures en place une année entière, jusqu’à l’automne suivant, en arrosant pendant l’été dès que la terre sèche en surface. On les transplante alors à leur place définitive, avec leur motte. Le rosier obtenu pousse sur ses propres racines, ce qui a un avantage : il ne produira jamais de rejets de porte-greffe, ces tiges sauvages qu’il faut arracher au pied des rosiers greffés.

Faites toujours deux fois plus de boutures que de rosiers souhaités, et étiquetez-les le jour même au crayon à papier, qui résiste mieux à la pluie que le feutre, avec le nom de la variété et la date. Entre les pertes normales de l’hiver et les variétés qu’on finit par confondre, vous ne regretterez jamais d’en avoir trop.

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